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Entre innovation et responsabilité, les architectes apprennent à composer avec un nouvel acteur de leur pratique qui interroge les fondements de l’éthique professionnelle.

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Elle n’est plus un sujet d’avenir. L’intelligence artificielle s’est imposée comme un outil de taille dans de nombreuses agences d’architecture. Génération d’esquisses, rédaction de courriers, analyse d’offres d’entreprises, aide à la décision technique, voire production de clauses contractuelles, elle libère du temps pour ce qui constitue le cœur du métier : concevoir, arbitrer les contraintes, synthétiser les solutions et donner sens à un projet.
Derrière les promesses d’efficacité se posent des questions majeures, surtout lorsqu’il s’agit de conception. Qui est l’auteur d’un projet produit partiellement par une IA ? Comment garantir l’originalité d’une œuvre si l’algorithme s’est nourri de créations préexistantes ? Quelles obligations de transparence s’imposent à l’architecte ? Autant d’interrogations qui invitent à relire, à l’aune de cette technologie, les articles du code de déontologie.
Responsabilité et transparence : des exigences inchangées
Premier principe fondamental : l’architecte reste pleinement responsable des productions issues de son agence, y compris celles réalisées avec l’appui d’une IA. Son intervention ne délègue en rien son devoir de conseil, son obligation de transparence ou sa responsabilité intellectuelle. En ce sens, l'IA est un outil, au même titre qu'un logiciel, pas un auteur.
Cette exigence s’applique d’abord à la relation avec le maître d’ouvrage. L’article 12 du code dispose que l’architecte doit exercer sa mission « en toute intégrité et clarté » : il doit donc informer son client lorsque l’IA a contribué à la conception. La réglementation européenne sur l’IA (IA Act), entrée en vigueur en 2024, renforce d’ailleurs cette obligation en imposant que tout contenu généré par une IA soit signalé comme tel.
La question de la propriété intellectuelle est tout aussi centrale. L’article 5 interdit à un architecte d’apposer sa signature sur un projet auquel il n’a pas effectivement contribué. Utiliser une IA impose donc de s’interroger sur la part réelle de conception humaine et sur la légitimité de la signature. Mais le risque dépasse le seul cadre de la production : en ligne, les œuvres architecturales publiées sont désormais susceptibles d’être “aspirées” par les IA pour nourrir leurs bases d’apprentissage, souvent sans consentement. Une vigilance accrue s’impose donc pour protéger les créations et alerter sur ces atteintes possibles à la propriété intellectuelle.
Conserver l’historique des prompts (les instructions données à l’IA) peut constituer une preuve utile en cas de litige.
Préserver l’originalité et éviter le plagiat
L’article 24 du code rappelle une évidence : le plagiat est interdit. Or, une IA générative s’appuie sur d’immenses bases de données d’images et de plans, parfois sans distinction entre œuvres libres de droits et créations protégées. Le risque d’intégrer, même involontairement, des éléments issus de projets signés par des tiers est réel.
Pour s’en prémunir, l’architecte doit contrôler les productions générées par l’outil, les modifier si nécessaire et exercer un regard critique. Diffuser sans vérification des rendus créés par IA — ou les présenter comme des références de l’agence — pourrait constituer une faute déontologique. Utiliser l’IA pour simuler des compétences ou détourner une clientèle serait par ailleurs contraire aux articles 18 et 19 relatifs à la concurrence loyale et au respect entre confrères.
Secret professionnel et protection des données : vigilance absolue
L’article 14 soumet l’architecte à une stricte obligation de secret professionnel. Confier à une IA des données sensibles — plans de prisons, infrastructures critiques, projets stratégiques — expose à des risques de fuite ou de réutilisation non autorisée.
Même si certaines plateformes garantissent la non-diffusion des données (IA fermées), aucune technologie n’est infaillible. Les architectes doivent s’assurer que les outils employés respectent les exigences contractuelles de confidentialité et que leurs collaborateurs en sont pleinement conscients.
Un outil à forte empreinte carbone
La question énergétique s’ajoute désormais à celle de la confidentialité. Chaque requête mobilise d’importantes ressources informatiques et, pour les générateurs d’images ou de vidéos, une empreinte carbone considérable. Intégrer l’IA dans la pratique architecturale suppose aussi d’en mesurer l’impact environnemental, au regard des engagements de la profession en matière de sobriété et de ménagement du vivant.
Adapter l’organisation de l’agence et former les équipes
L’intégration de l’IA ne concerne pas seulement les architectes dirigeants : elle implique aussi leurs collaborateurs. L’article 43 du code prévoit que les salariés doivent exercer leurs fonctions dans le respect des règles professionnelles. Ils doivent donc être informés des conditions d’utilisation de l’IA au sein de l’agence et obtenir, le cas échéant, l’autorisation de l’employeur avant d’y recourir. Par ailleurs, l’article 4 rappelle que l’architecte a le devoir d’entretenir et d’améliorer ses compétences.
À mesure que les outils se perfectionnent, la formation à l’IA deviendra un passage obligé. Non seulement pour exploiter son potentiel, mais aussi pour en maîtriser les limites et les implications déontologiques.
ARCHITECTE ou société d’architecture
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